:: La colère des orgues - CD Baroque

La colère des orgues - LES ORGUES HISTORIQUES DE LA CATHÉDRALE DE CUSCO

LES ORGUES HISTORIQUES DE LA CATHÉDRALE DE CUSCO

Connectez vous >>>

La colère des orgues

Cusco

Cusco

LES ORGUES HISTORIQUES DE LA CATHÉDRALE DE CUSCO

MASSACRE OU RÉEL SAUVETAGE ?

La réponse d’Alain Pacquier, directeur des programmes «Los Caminos del Barroco en el Nuevo Mundo » aux affirmations de M. Bernardo Illari

------------------------------------------------------------------------------

Après avoir lu cet article, vous pourrez le télécharger ici, et le faire circuler... Vous pourrez aussi nous donner votre avis sur notre blog.

------------------------------------------------------------------------------

La restauration des orgues historiques de la Cathédrale de Cusco a, comme il se doit devant l’importance de tels instruments, provoqué de très nombreuses réactions. Elles sont, pour la plupart, unanimes à reconnaître la qualité du travail effectué par le facteur d’orgue français Jean-François Dupont et son équipe, provenant généralement de personnalités compétentes parmi lesquelles on peut citer l’organiste argentin Norberto Broggini ou encore l’organiste belge Serge Schoonbroodt (tous deux étant reconnus comme de grands spécialistes de l’orgue historique baroque).

Cependant, l’unanimité n’étant pas de ce bas monde, une campagne de dénigrement a très vite été engagée et largement véhiculée par internet, par les soins de deux personnages qui, depuis des années, prétendent dénoncer les abus soi disant perpétrés par les équipes envoyées dans le cadre des programmes de restauration d’orgues par le Centre International des Chemins du Baroque. Cette campagne de dénigrement avait débuté voici quelques années, avec la dénonciation du « massacre » dont nous aurions été les coupables, en Bolivie, avec le relevage de l’orgue du Couvent de Santa Clara (à Sucre). Elle se poursuit aujourd’hui de façon tout aussi implacable à propos des instruments de la Cathédrale de Cusco.
Implacable ? Certes. Mais on peut se demander quelle est la validité de ces accusations devant l’incompétence de leurs auteurs – le musicologue argentin Bernardo Illari conseillé par un pseudo facteur d’orgue nommé Enrique Godoy -, tout comme on peut se demander également quelles sont leurs réelles motivations à vouloir mener une telle campagne.
Ce sont là des questions auxquelles il appartient à chacun de ceux qui lira ces lignes, de répondre, car nous nous gardons bien de vouloir porter le moindre jugement sur ces personnages que leurs mensonges suffisent à discréditer.
En revanche, et en restant sur un plan strictement technique et scientifique - ce qui n’est pas leur cas et ce que nos deux compères sont bien incapables de faire -, je crois utile d’apporter ici les informations objectives (que n’importe quel expert qualifié peut d’ailleurs vérifier sur place) qui suffiront à détruire la pauvre argumentation de nos « amateurs » en facture d’orgue.
De Natura rerum
On trouvera ci-dessous, et in extenso, le texte de la lettre envoyée par Bernardo Illari à une certaine Profesora Gascon (que je ne connais pas et qui, d’ailleurs, n’est ici nullement en cause).
Déjà, cette lettre est révélatrice du sérieux de son auteur, Bernardo Illari, qui avoue avec une extraordinaire naïveté qu’il écrit en toute méconnaissance de cause, mais en se fiant seulement à ce qu’ont pu lui dire plusieurs personnes (dont il se garde bien de révéler l’identité). On jugera de la rigueur de sa démarche, donc fondée sur des « racontars » dont il refuse de révéler la source, donc la crédibilité. J’avoue d’ailleurs qu’en tant qu’éditeur des disques de la collection « Los Caminos del Barroco / K.617 » qui ont souvent fait appel aux services de Bernardo Illari en tant que musicologue, je commence a posteriori hélas, à me poser de très sérieuses questions sur l’honnêteté de son travail ainsi que de ses « restitutions » musicales.
Mais examinons maintenant en détail le récit des « exactions » qui nous sont reprochées.

Examen des accusations de monsieur Illari

1) Le ou les diapasons

À le lire, nous aurions donc entièrement détruit ces orgues, dans leur aspect historique, en changeant tous les tuyaux anciens pour des tuyaux neufs, dans le seul but de pouvoir accorder les deux instruments qui se font face dans le coro de la Cathédrale au même diapason. Et, ajoute notre piètre facteur d’orgue, « despues de la intervencion de estos señores, los organos estan a la misma altura ».
C’est évidemment un premier mensonge. En effet, le facteur d’orgue Jean-François Dupont a pu constater dés sa première mission d’expertise (en 2004, donc avant restauration) que les deux orgues étaient déjà au même diapason, d’ailleurs exceptionnellement bas, situé autour du La = 380 Hz. Autour de cette moyenne, certains registres étaient un peu plus bas, d’autres un peu plus haut. Ce constat a mis en évidence le fait que l’accord global initial était très imprécis. Aussi a t-il décidé de tenir compte de toute la tuyauterie existante pour en déduire un diapason moyen. Il reste d’ailleurs dans les deux instruments suffisamment de tuyaux à leur longueur d’origine pour confirmer cette réalité (Photo 1 et 2). D’autre part, J.F. Dupont a pu constater que l’un des deux instruments d’Andahuaylillas (le plus petit) était également accordé sur ce même diapason.

Pour en finir avec cette première accusation, il faut maintenant faire justice de la thèse de Bernardo Illari selon laquelle l’un des instruments aurait pu être accordé autrefois à la quarte ou à la quinte de celui qui lui fait face. C’est une supposition totalement ridicule pour de simples raisons physiques. En effet, les deux orgues sont construits dans des buffets en 8 pieds, avec chacun un jeu de Flautado 8’ en façade (qui plus est à octave courte, ce qui exclut tout décalage de tuyaux). Si l’un avait dû être accordé à la quinte par rapport à l’autre, cela signifierait que les organiers français auraient du couper tous les tuyaux d’un des orgues d’un tiers de leur longueur…y compris la façade… Quelle longueur auraient-ils donc eu avant notre intervention ? Et quel effet visuel cela produirait-il ? Nous ne pouvons que conseiller à Monsieur Illari de vivre autrement qu’en surfant sur le Net, et d’aller se rendre compte par lui-même à Cusco de la véracité de nos affirmations.

Photo 1

Photo 2

2) Les tuyaux remplacés.

Donc, pour le seul plaisir d’accorder ces orgues au même diapason, nous aurions « jeté » toute la tuyauterie ancienne, dénaturant à jamais ces deux instruments.
Alors, livrons-nous à des comptes d’épicier. Ils sont parlants et, de toute manière, ce sont sans doute les seuls que notre « infortuné justicier des orgues » puisse comprendre.
Toute la tuyauterie existante a été scrupuleusement respectée et conservée. Les seuls tuyaux neufs qui ont été installés par Jean-François Dupont et son équipe sont venus remplacer des tuyaux irrémédiablement disparus au cours des siècles.

Photo 3 - Petit tuyau avant restauration

Photo 4 - le même après...

Il faut d’abord savoir que les deux orgues comptent très précisément 1375 tuyaux : 705 pour l’instrument côté Évangile, 668 pour l’instrument côté Épître. Toute la tuyauterie existante a été restaurée (photos 3 et 4). Quand cela était possible, nous avons préféré effectuer des greffes de métal plutôt que de remplacer intégralement des éléments abîmés (photo 5 et 6). En tout et pour tout, il manquait 79 tuyaux qu’il fallut donc bien remplacer. Ceux-ci ont été refaits suivant les mêmes critères que les tuyaux anciens, esthétique, dimensions, et composition du métal. En sont la preuve les factures d’achat des tuyaux ; et à ce sujet, est-ce que M. Illari se rend bien compte de ce qu’eût été le coût de la restauration si nous avions réellement eu l’intention de remplacer tous les tuyaux anciens par des tuyaux neufs ?
Voici maintenant le détail de cette opération évidemment obligatoire et habituelle dans tout chantier de restauration où on préserve précieusement le moindre élément d’origine existant, tout en devant pourvoir aux « manques »:

Photo 5 - Greffe sur un pied de Trompeta

Photo 6 - Greffe sur un résonateur

Dans l’orgue de l’Evangile, le plus récent, il ne manquait en tout que 3 tuyaux (sur 705), soit le Do1 du jeu de Quinta 2’2/3, ainsi que 2 résonateurs de Trompeta 8’.
Dans l’orgue de L’Epître, il manquait :
- 11 tuyaux (sur 45) dans la Quinta 2’2/3
- 15 tuyaux (sur 45) dans la Quincena 2’
- 6 tuyaux (sur 120) dans le Corneta
- 42 tuyaux (sur 323) dans le Lleno
- 1 résonateur de Trompeta 8’
- 1 tuyau de Flautado 8’ en façade (le petit dernier sur la droite),
soit 76 tuyaux sur un total de 668.

Photo 7

On notera enfin qu’il y avait un jeu supplémentaire, probablement un jeu d’anche de 4’, ajouté ultérieurement à la construction originelle de l’instrument de l’Épître. Cette extension a été très mal réalisée, les tuyaux étaient de très mauvaise qualité, aussi avons-nous choisi de ne pas remettre ce jeu en place. La chape est vide, le registre est verrouillé en position fermée, mais les tuyaux sont stockés dans un carton à l’intérieur du buffet, à côté du sommier, côté #.
Dans ce carton, il y a également l’ancien faux-sommier en cuir qui a permis à J.F. Dupont de reconstituer la composition du Lleno (photo 7). Son trop mauvais état l’a conduit à le remplacer, mais l’original se trouve ainsi sauvegardé.
Dans cet orgue de l’Epître, la mécanique est de mauvaise qualité. On peut supposer que Lorenzo Aranibar a réutilisé le sommier de l’orgue précédent et qu’il a voulu y construire une mécanique en éventail dans le style habituel. Cela ne pouvant pas fonctionner correctement de par une trop grande inclinaison des vergettes, il aurait ensuite bricolé un abrégé, essayant ainsi de résoudre ce problème.
Après avoir hésité à refaire cette mécanique à neuf, J.F. Dupont a finalement opté pour le maintien de la mauvaise mécanique existante, prenant en compte d’abord la conservation en l’état du matériel historique. Toutefois il a fait en sorte que cela puisse fonctionner correctement.
Dans l’autre instrument, construit 10 ans plus tard par le même facteur d’orgues, il n’y a aucun problème de cet ordre, la mécanique a été dès la construction très bien réalisée.

Conclusion

Tout cela serait risible et ne mériterait pas l’honneur de la moindre réponse, si nous n’avions le souci de nos partenaires et de tous ceux qui se sont engagés à nos côtés dans cette belle restauration, réalisée de façon exemplaire par l’un des plus grands facteurs d’orgue français : Monseigneur Urgarte, Archevêque de Cusco, Monsieur Pierre Charasse, Ambassadeur de France au Pérou, entre beaucoup d’autres. C’est leur discernement et leur crédibilité qui sont ici remis en cause ainsi – accessoirement – que les nôtres, sans même parler de Jean-François Dupont et de son équipe ! D’autre part, il nous semble suprêmement important de mettre en garde tous ceux qui, à un titre ou à un autre, s’intéressent aux orgues, en Amérique Latine, devant les agissements et les déclarations faussement désintéressées de tel ou tel pseudo expert ou musicologue. Le patrimoine des orgues baroques de ce Continent est en effet trop exceptionnel, précieux, mais en même temps trop fragile et en grand danger permanent par manque (souvent) de mesures de protection, pour que nous ne réagissions pas à de tels discours de charlatans incompétents.

Nous avions déjà du affronter par le passé ce phénomène, à propos du relevage de l’orgue historique du Couvent de Santa Clara de Sucre (en Bolivie). L’attaque – cette fois ouvertement cosignée par Bernardo Illari et son « conseiller » Enrique Godoy – était tellement ridicule et mensongère, que nous n’avions pas même pris la peine de réagir ; d’autant plus que ce dernier omettait tout simplement de préciser qu’il avait fait partie de l’équipe de restauration (alors dirigée par le facteur Pascal Quoirin assisté de Bertrand Cattiaux) et que sa totale incompétence en matière de facture d’orgue avait été difficile à assumer par toute l’équipe.
Mais voilà aujourd’hui que ce « Cygne » de la facture d’orgue se transforme en « corbeau », utilisant la plume – parfois estimable en d’autres cas – d’un musicologue, devenu pour d’obscures raisons son « représentant de commerce », et nous craignons le pire pour le destin des instruments historiques qui pourraient tomber entre leurs mains.
C’est pourquoi j’ai cru utile de m’exprimer ici.

Alain Pacquier
Le 12 avril 2007
--------------------------------------

La lettre de Bernardo Illari
JFD
Profesora Gascón,
La felicito por su trabajo en música colonial, y
aplaudo su interés en divulgarla. Tendré el mayor
gusto en colaborar con usted en cualquier concierto y
en las condiciones que sean posibles para ud.
Debo sin embargo agregar una excepción. La llamada
restauración de los órganos de Cusco es la cuarta o
quinta intervención del equipo de organeros franceses
en instrumentos latinoamericanos. Desconozco la
mayoría de los detalles, pero el único que sí me
consta, por habérmelo repetido personas distintas y
sin contacto entre sí, es suficiente para deducir que
otra vez se trató de un trabajo realizado sin las
mínimas condiciones de seriedad que lo delicado de la
tarea exige. El detalle en cuestión es el que los
órganos estaban afinados en un intervalo de cuarta, lo
cual, si no me informan mal, es de uso en los órganos
enfrentados de catedrales españolas. Después de la
intervención de estos señores, los órganos están a la
misma altura. Cambiarle el diapasón a un órgano es
rehacerlo: de restauración, nada. Volver el
instrumento a su diapasón original es también
imposible: salvo que hayan quitado todos los tubos del
órgano cuyo diapasón alteraron, y los hayan
reemplazado por tubos nuevos, lo que parecen haber
hecho (una vez más) es destruir para siempre un órgano
colonial.
Este patrón viene repitiéndose desde la muy discutible
restauración (en verdad una reconstrucción o
reinvención) del órgano de las clarisas de Sucre por
los mismos operarios, sobre el cual hay documentación
en línea en
http://www.galeon.com/nolime/aficiones1510663.html
Por estas razones, le prohibo que utilice mis
ediciones para celebrar la inauguración de los
órganos, y le sugiero que se informe por su cuenta y
por medio de profesionales idóneos e independientes
sobre las características de la pretendida
restauración antes de prestar su nombre para
celebrarla.
Como le digo, tendré el mayor gusto en colaborar ocn
ud. en otra u otras ocasiones.
Saludos,
Bernardo Illari

Powered by eZ Publish® Content Management System. Creation and development by 2ST.