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Les Vêpres de San Ignacio

LE PROGRAMME MUSICAL

VÊPRES SOLENNELLES DE SAN IGNACIO
La Plata (Sucre) vers 1740
Roque Ceruti (Milan, 1686 – Lima 1760) - Domenico Zipoli (Prato 1688 – Córdoba 1726)

Deus in adjutorium / Domine ad adjuvandum - Anonyme, Missions jésuites de Juli (Pérou)

Antienne I Domine quinque - Domenico Zipoli, Missions de Chiquitos (Bolivie)
Psaume Dixit Dominus - Roque Ceruti / Eustaquio Franco

Antienne II Euge serve - Domenico Zipoli
Psaume Confitebor tibi Domine

Antienne III Fidelis servus - Domenico Zipoli
Psaume Beatus vir - Roque Ceruti / Eustaquio Franco

Antienne IV Beatus ille servus - Domenico Zipoli
Psaume Laudate Pueri Dominum - Anonyme (Chiara M. Cozzolani) - Missions de Chiquitos

Antienne V Serve bone - Domenico Zipoli
Psaume Laudate Dominum - Roque Ceruti / Eustaquio Franco

Villancico Alarma valientes - Juan de Araujo - Cathedrale de Sucre

Antienne VI Hic vir
Cantique Magnificat - Roque Ceruti / Eustaquio Franco

Psaume Salve Regina - Anonyme - Cathedrale de Sucre

Ecoutez le Salve Regina

  • SALVE REGINA 7,23 MB
  • A PROPOS DES VÊPRES DE SAN IGNACIO

    Quel qu’ait pu en être le contexte historique, les manuscrits musicaux des missions et cathédrales de l’Amérique du Sud sont d’une importance vitale pour apprécier dans sa totalité le mouvement baroque universel. À l’égal de la peinture, la sculpture et l’architecture, la musique sacrée des cathédrales, couvents et missions du continent se cultivait moins selon des critères esthétiques, que dans le but d’émerveiller les nouveaux convertis, que comme un tribut à celui qui est la Source de tous les arts, et comme une manifestation de spiritualité.

    Les témoignages provenant des Amériques attestent combien y fut splendide, variée et prolifique la trajectoire de la musique sacrée. L’évangélisation qui s’y servit de la musique à des fins missionnaires a généré deux expressions marquées de vie liturgique et de pratique musicale : l’une liée à la vie urbaine, majoritairement dans les cathédrales et couvents ; l’autre, propre aux missions où les réductions des jésuites en particulier et, dans certains cas des frères franciscains, connurent de remarquables initiatives.
    À cet égard, les « Vêpres solennelles de San Ignacio » constituent le plus remarquable témoignage de cette richesse artistique. En effet, cette reconstitution d’un office qui aurait très bien pu se dérouler à la Cathédrale de La Plata (aujourd’hui Sucre en Bolivie) est la synthèse la plus accomplie que nous pouvions proposer des meilleures œuvres écrites aussi bien dans le laboratoire des missions jésuites de l’Amazonie, que pour la splendeur de la liturgie à la Cathédrale de Lima. Humilité et majesté alterneront ainsi au cours de cet office mettant en jeu des dispositifs musicaux très spectaculaires, variant de un à quatre chœurs.
    La présentation et la diffusion de cette œuvre en Amérique du Sud, dans sept pays, associant plusieurs centaines de jeunes musiciens représentant la nouvelle génération d’interprètes associés ou formés dans les ateliers des « Chemins du Baroque » constituera l’hommage le plus significatif que la France puisse rendre à tous ces pays. Il permet en effet de placer au premier rang leurs jeunes musiciens de tous ces pays, devenus « acteurs » de cette renaissance d’un patrimoine exceptionnel qui est avant tout le leur.
    Né à Milan vers 1683, Roque Ceruti arriva à Lima en 1708 comme directeur de l’orchestre du palais du vice-roi. Il y composa cette même année l’opéra (aujourd’hui perdu) El mejor escudo de Perseo sur le livret du vice-roi Manuel de Oms en personne. En 1721, il passa au nord du Pérou, y devenant maître de chapelle de la cathédrale de Trujillo avant de revenir à Lima, en 1728, pour y prendre la succession de Torrejón y Velasco comme maître de chapelle à la cathédrale ; charge que Roque Ceruti occupera jusqu’à son décès, en 1760.
    Les archives archi-épiscopales de Lima conservent actuellement une quinzaine de compositions de Ceruti s’apparentant toutes au genre du villancico. Heureusement les copies de sa musique circulèrent largement dans les autres villes de la vice-royauté où elles furent réutilisées par des compositeurs locaux même après sa disparition (ainsi, ici, celles du maître de chapelle Eustaquio Franco). Ce qui permet d’augmenter le catalogue de ses œuvres d’une douzaine de villancicos, mais également d’œuvres liturgiques : une messe, mais également trois psaumes pour l’usage des vêpres et un Magnificat ; toutes conservées désormais à Sucre, dans les Archives Nationales de Bolivie.
    La « colonne vertébrale » de cet office est indubitablement constituée par les psaumes ainsi que par le Magnificat rédigés par Ceruti ; les psaumes complémentaires, villancicos et Salve Regina étant dus à Juan de Araujo, R. Jacinto de Chavarria ou à des mains anonymes que l’on dit être, parfois, celles du légendaire Domenico Zipoli.
    Les archives musicales de Chiquitos (dans l’Orient de l’actuelle Bolivie) regroupées aujourd’hui à Concepcion, permettent de découvrir l’œuvre longtemps attribuée à celui qui aurait été l’un des principaux compositeurs des « réductions jésuites » : Domenico Zipoli. Encore que les controverses fassent toujours rage autour de cette attribution (jésuites et Indiens en ayant vraisemblablement joué de façon troublante…), il convient de s’arrêter quelques instants sur cette figure aussi énigmatique qu’attachante, dont la vie ne fut longtemps qu’une longue suite de points d’interrogation parsemée de quelques dates et faits.
    Italien – comme Roque Ceruti – Domenico Zipoli naquit à Prato, en Toscane, en 1688. Il s’établit à Rome vers 1709 pour y travailler sous la direction de Bernardo Pasquini. On dit aussi qu’il fut également l’élève d’Alessandro Scarlatti. On sait encore qu’entre 1709 et 1716, l’année qui allait changer sa vie, il composa au moins trois oratorios dont subsistent seulement les livrets, deux cantates profanes, une sonate pour violon & basse continue et, surtout, le double recueil de la Sonate de intavolatura destiné à l’orgue et au clavecin.

    Opus ultimum de Zipoli l’européen, ce dernier ouvrage témoigne d’une parfaite maîtrise du style de l’époque, manié par une personnalité musicale mûre et affirmée.

    Une carrière somme toute bien traditionnelle, et dont rien ne laissait présager qu’à peu de mois de là, Zipoli entrerait dans la légende en devenant l’Orphée des Guaranis.
    Subitement, et ses mobiles restant inconnus, Zipoli se rend en 1716 à Séville où il embrasse le noviciat dans la Compagnie de Jésus. Après s’être vu proposer le poste de maître de chapelle de la cathédrale de Séville (qu’il refusa humblement), il s’embarque pour le Nouveau monde, arrivant à Buenos Aires en 1717, puis à Córdoba où il poursuit ses études de théologie et de philosophie interrompues par sa mort en 1726, avant même d’avoir pu être ordonné prêtre.
    À partir de ces faits avérés, l’histoire s’embrouille. Dés le XVIIIème siècle et cette histoire déjà passablement compliquée conduit certains musiciens – tel Johann Gottfried Walther – à mettre en doute l’existence de Zipoli et à attribuer sa musique à d’autres compositeurs, au bénéfice par exemple du normand Michel Corrette.
    Il faudra attendre 1957 avec l’édition de la Sonate de intavolatura par Luigi Fernando Tagliavini puis la découverte par Robert Stevenson, deux ans plus tard en Bolivie, d’une Messe à trois voix, deux violons et orgue pour que cette figure revienne au premier plan dans les vastes débats qui animent régulièrement les musicologues latino – américains.

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