:: L'orgue Andahuaylillas du Couvent - CD Baroque

L'orgue Andahuaylillas du Couvent -

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L'orgue du Couvent

Francis Chapelet à l'orgue Andahuaylillas du Couvent

C'était le 5 juillet dernier, en ouverture du XXIème Festival international de Sarrebourg, Francis Chapelet inaugurait l'orgue Andahuaylillas dans l'Auditorium du Couvent de Saint Ulrich, siège du Centre International des Chemins du Baroque. Plus de 200 personnes ont assisté à un premier récital donné sur le nouvel orgue du Couvent.

Un événement historique dans l'histoire des Chemins du Baroque !

En présence de nombreux ambassadeurs d'Amérique latine et personnalités, les élèves et professeurs du Lycée Professionnel Régional Dominique Labroise étaient fiers et heureux de présenter ce bel orgue qu'ils ont édifié avec le facteur d'orgue Jean-François Dupont à partir de l'orgue historique d'Andahuaylillas, simultanément restauré au Pérou par le Centre International des Chemins du Baroque.

C'est un projet exemplaire qui a pu être réalisé dans le cadre du Projet d'Economie Locale et Sociale (PELS) accordé par la Caisse d'Epargne de Lorraine, ainsi que l'aide du Conseil Général de la Moselle.

Nous tenons à remercier tous les élèves du Lycée Professionnel Régional Dominique Labroise qui ont contribué par leurs efforts et leur talent à cette belle réalisation ; et plus particulièrement cinq d’entre eux qui nous accompagnèrent à Andahuaylillas entre août et septembre 2007 : Gaëtan Bournique, Jennifer Fourmann, Aurélien Henry, Baptiste Kipper et François – Nicolas Martin.
Toute notre reconnaissance est également due à leurs professeurs qui investirent leur temps, leur bénévolat et toute leur énergie pour que se réalise ce programme exemplaire de coopération culturelle entre la France et le Pérou : Chantale Asso, Lucien Bassan, Jean-Christophe Blaison et Marie Oswald, ainsi qu’Hélène Vasselin.

La composition de l'orgue

Composition de l’orgue Andahuaylillas du Couvent :

1 clavier (47 notes), de Do1 à Ré5, octave courte

Bourdon 8’
Prestant 4’
Flûte 4’
Doublette 2’
Plein-Jeu 3 rangs
Cornet en dessus (à partir de ut# 3)
Trompette

Nota bene : tous les jeux sont coupés en basses et dessus

D'Andahuaylillas à Sarrebourg

Voici trois ans, l’un des premiers actes du Couvent – Centre International des Chemins du Baroque, qui venait à peine de voir le jour, était de nouer un partenariat avec le Lycée Professionnel Régional Dominique Labroise de Sarrebourg, afin d’associer ses classes de dessin et de menuiserie à la conception puis à la réalisation d’un « Salon de Musique » dans l’enceinte du couvent. Mené à bien dans les meilleures conditions, ce projet a laissé de tels souvenirs que ses partenaires ont souhaité le renouveler et l’étendre à l’ensemble de l’établissement, dans une démarche de solidarité culturelle encore plus ambitieuse, en envisageant de construire en commun un grand orgue ; cœur d’un programme d’animation et d’éveil à la musique.
Dans notre monde de spécialisation à outrance activités manuelles et intellectuelles semblent séparées à jamais. Il en résulte que le domaine de la création artistique est de plus en plus réservé à des catégories sociales bien spécifiques, à l’exclusion des travailleurs manuels lorsque ceux-ci n’ont pas la chance de pouvoir s’exprimer dans le seul domaine qui soit intermédiaire entre l’art (et plus particulièrement celui de la musique) et le travail manuel : l’artisanat. Sans les artisans, en effet, qu’ils soient luthiers ou facteurs d’orgue, point d’instruments et donc, point de musique.
C’est à partir de cette évidence qu’est né le projet pédagogique de faire construire et décorer « à l’identique » un buffet d’orgue, sur le modèle de l’instrument historique que Le Couvent restaure actuellement dans le cadre de ses missions internationales, dans un petit village du Pérou, à Andahuaylillas, situé non loin de Cusco. Complété par la partie sonore réalisée par l’un de plus grands facteurs d’orgue français actuel – Jean-François Dupont – l’ensemble vient d’être monté dans l’auditorium du couvent il y a quelques jours, renforcant ainsi l’attractivité du site, tout en permettant le développement ultérieur d’activités de formation en faveur des jeunes musiciens de la région.
Il s’agit donc d’un véritable programme de revalorisation des métiers manuels auquel ont été directement associés plus de soixante-dix élèves du Lycée Dominique Labroise. Mais en réalité ce projet a touché encore plus largement la population scolaire de cet établissement (plus d’une centaine d’élèves), dans la mesure ou il a été accompagné d’une programmation d’événement musicaux, de rencontres et d’expositions tous présentés par Le Couvent et le Lycée Dominique Labroise.

L’UTOPIE EN MARCHE

Les 31 octobre et 1er novembre prochain, c’est à Andahuaylillas, à peu de kilomètres de Cusco, l’orgueilleuse Cité de l’Inca, que prendra fin cette belle aventure, avec les cérémonies et événements musicaux accompagnant l’inauguration, non seulement de « l’original » ayant servi de modèle pour l’orgue de l’auditorium, mais également de celle de son grand frère qui trône majestueusement en face à l’extrémité de la tribune. Il aura fallu au facteur d’orgue Jean-François Dupont plus de deux années de travail pour mener à bien ce chantier engagé dés l’issue des travaux de restauration des orgues historiques de la Cathédrale de Cusco.
Le Pérou ? Le Couvent y travaille déjà depuis plusieurs années. Les professeurs de son « Conservatoire Itinérant » y ont ainsi fait naître à Lima un très vivant département de musique ancienne au sein du « Conservatorio Nacional de Música » avec la complicité active et intelligente du directeur de cet établissement, Fernando de Lucchi. Les orgues de la cathédrale de Cusco ont donc été restaurées. Mais c’est à Andahuaylillas que le rêve absolu devait s’accomplir. Imaginez un village pauvre, mais sublime d’équilibre architectural, baignant dans la lumière transparente qui est de règle à plus de trois mille mètres d’altitude. Ici, tout l’urbanisme est articulé à partir et autour de l’église Saint Pierre qui domine la « Plazza Mayor » du haut de sa large volée de marches érodées par les siècles. Qui pénètre dans ce sanctuaire édifié dès la fin du XVIème siècle reçoit immédiatement un choc. Il n’est pas un centimètre de l’immense nef qui ne soit recouvert d’admirables fresques ou de gigantesques tableaux plus tardifs, posés là au XVIIIème siècle. Même le plafond est constitué d’admirables vagues colorées dont la vision donne le vertige. Peu avant l’entrée du chœur, une toile de Murillo domine l’ensemble.
Les péruviens appellent ce sanctuaire « La Sixtine des Andes » ; ils ont bien tort. C’est encore plus beau, plus fort et incomparablement touchant ! Découvrir un monument aussi admirable dans un tel décor… Et les deux orgues, édifiés par un facteur anonyme dans les années 1620 ne font pas peu pour en rehausser l’intérêt, tout indiquant de surcroît qu’il s’agit des instruments les plus anciens du Continent Américain.
Mais quel point commun peut-il y avoir entre le travail d’élèves d’un lycée professionnel lorrain et les enfants d’un village du Pérou ? Entre la carrière d’un grand organiste français (Francis Chapelet) et la conquête des Amériques à la fin de la Renaissance ? Entre un concert de musique baroque et un programme humanitaire ? Pour le père Luis Herrera et tous les responsables de « Ccaijo » - l’association Cenecape Jesus Obrero, héritière de la pensée sociale jésuite multiséculaire, un tel projet se situe au cœur d’un programme plus global. Il a en effet fortement contribué à attirer sur Andahuaylillas et sa zone d’importants moyens financiers qui leur permettront de développer trois aspects de leur action sociale : la distribution de nourriture aux enfants pauvres, le soutien à l’artisanat local enfin, la lutte contre les violences familiales et la discrimination de la femme. Tout ceci s’inscrit dans un contexte très particulier. La restauration des orgues et leur insertion dans des projets culturels exceptionnels participent certes d’un développement du tourisme ; lequel est en constante progression ces dernières années. Mais l’effet pervers en sera sans doute la dénaturation de tous les équilibres locaux. C’est afin d’y remédier qu’a été entreprise cette grande action, avec le vif soutien de l’Ambassade de France au Pérou, d’une restitution de son patrimoine à la population locale et de sa mise au service d’un développement global harmonieux et juste. Hier instrument très impérialiste de l’idéologie européenne et catholique, le patrimoine baroque devient aujourd’hui à Andahuaylillas un moyen de défense et de lutte au service de la population. L’utopie est en marche !

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